Merci à la communauté Shaarlienne pour ces retours. Vraiment.
Ce que j'en retiens en tout cas, c'est qu'au final, je n'ai pas d'inquiétude particulière sur mes parents, mes rapports avec eux ou leurs dérives potentielles. Ils sont éclairés, censés et entourés. Avec l'amour de leurs prochains, en tout cas pour leurs fils et petits fils. Mais je me rend compte de la masse de travail à faire avec des gens que je connais bien, intimement et que j'estime un tant soit peu lucides. Au final, c'est déployer les mêmes efforts d'appel à la clairvoyance que nous sommes nombreux à activer, ne serait ce qu'envers nos proches, quand on défend sensibilités et enjeux numériques. Mais en plus délicat. Avec encore plus de force. En somme, face à une montagne encore plus grosse.
Et que ça ne se limite pas aux proches.
Et avec en face la puissance d'influence des médias, des groupes, des communautés, fûssent elles religieuses, communautaires, politiques ou patriotiques.
Je ne vois rien de serein.
...Une montagne encore plus grosse.
Je reviens d'un ressemblement organisé à Limoges par le Club de la presse du Limousin. La foule devait être sensiblement la même que pour tous les autres rassemblements du genre. Hétéroclite. Par le plus grand des hasards, j'y ai croisé mes parents.
Ce sont deux anciens militaires de carrière, désormais jeunes retraités. Ils m'ont offert une éducation globalement humaniste, même si celle ci a pu prendre parfois les traits de leurs engagements catholiques et républicains; toujours enclins à la pondérance et à la reflexion.
Pourtant, mon père m'a accueilli avec une dégoût prenant la forme de paroles violentes illustrant son désolement face aux évènements récents : "Morts aux cons !". Il n'a pourtant jamais été proche de quelconque extrême. Mais je le vois là, aujourd'hui, haineux.
Je lui rétorque presque par réflèxe que la haine n'est pas la meilleur réponse à adopter face à la violence. Que je m'inquiète pour l'avenir de mon fils lorsque justement je vois ce type de réaction suite à des évènements aussi douloureux. Mais il n'entend pas. Il parle. Je tente de prendre le dessus, l'invitant à faire preuve de discernement, de prudence face aux reprises et réactions. Mais rien; il continue. Puis chante la marseillaise avec le reste de la foule, le regard composé d'un mélange de violence et de patriotisme.
"Papa. Arrête. J'ai peur. Vraiment peur."
Il continue.
"Papa, Marie est enceinte.". Il se fige, semble assimilé la nouvelle.
"Mais là où je serai père, tu ne sera à nouveau grand père que si tu restes celui qui m'a appris à réfléchir, à être sensible et non aveuglé."
Il ne dit rien. Il a arrété de chanter.
J'attend une réaction, je reste en suspend. Il pleure. Et s'en va.
J'ai mal. Putain que j'ai mal.